04.08.2008

PLACE AUX JEUNES !


Le sondage le plus inquiétant, le voici : les trois quarts des jeunes Français sont pessimistes pour leur avenir et la perspective de décrocher un bon emploi. C'est au moins un record d'Europe. Comme les jeunes votent avec leurs pieds, la sanction est cruelle : un million sont déjà partis travailler à l'étranger. Surtout, la moitié n'aurait pas l'intention de revenir.

L'expérience de ceux qui sont restés «vivre et travailler au pays» conforte leur pessimisme. Car il faut attendre entre cinq et dix ans après la sortie des études pour retrouver un taux de chômage et des formes d'emplois qui ressemblent à la normale. En attendant, c'est difficile pour beaucoup, la galère pour certains. 18 % des jeunes actifs sont au chômage, deux fois plus dans les quartiers défavorisés. Entre 22 et 45 % de ceux qui ont décroché un emploi n'ont qu'un contrat temporaire. Et ce n'est pas tout. L'assurance-chômage indemnise 80 % des demandeurs d'emploi de plus de 50 ans mais seulement 40 % des jeunes chômeurs. Ah, si, j'oubliais : il y a les allocations familiales, mais à condition d'être l'aîné d'une famille nombreuse et bien sûr, d'habiter chez ses parents. Les jeunes actifs peuvent bénéficier de la prime pour l'emploi, mais le projet initial de RSA prévoyait de la leur retirer.

Pour en finir avec cette mise à l'écart des jeunes, les plus audacieux leur promettent «l'autonomie» traduisez par l'accès au RMI. Cette idée refait surface, proposée par le Conseil d'analyse économique. Cela ne pose pas qu'un problème budgétaire. Étendre aux jeunes une formule qui peut avoir des effets contre la pauvreté mais n'a aucun intérêt en matière d'emploi, ce n'est pas la bonne voie.

La bonne voie, c'est de donner aux jeunes leur indépendance ! Le droit de choisir leur avenir. De travailler. D'être indemnisé entre deux emplois.

Donner à chaque jeune les moyens de choisir son avenir, c'est garantir à tous la maîtrise des savoirs de base : chacun sait que ce n'est pas le cas aujourd'hui. Accorder plus d'importance à l'éducation et moins aux diplômes. Donner un droit à la formation différé aux 120 000 jeunes sortant chaque année du système scolaire sans qualification. Organiser un vrai service public de l'orientation : les jeunes ne veulent pas plus d'une machine à exclure que d'une orientation à l'aveugle. L'enjeu, c'est d'aider chacun à identifier ses compétences, ses talents, ses goûts. Lui donner les moyens de choisir en fonction des perspectives des métiers, des performances de chaque établissement, de la situation professionnelle des anciens élèves. Ces informations, aujourd'hui, tous les jeunes ne les ont pas.

Donner aux jeunes les moyens de choisir leur vie, c'est aussi leur permettre de bouger. Je pense à la mobilité européenne, bien sûr. Mais aussi et surtout à l'impérieuse nécessité de casser les ghettos dans lesquels une fraction importante de la jeunesse est aujourd'hui enfermée, qu'elle soit ou non issue de l'immigration. Des ghettos au sein desquels tant de jeunes n'auront l'occasion, ni de recevoir la meilleure éducation, ni de bénéficier d'un environnement toujours épanouissant, ni de trouver la formation correspondant à leurs vœux, pas plus qu'un bon emploi plus tard. Nous avons su le faire pour l'éducation de générations de «petits paysans» au siècle dernier, sachons aujourd'hui le réussir pour les jeunes urbains des cités : permettons aux jeunes de bouger ! Inventons de nouveaux transports scolaires, mettons en chantier un grand programme de construction d'internats, ayons le courage de fermer certains établissements où toutes les compétences de l'Éducation nationale se heurtent à la triste réalité de l'enfermement. Bref : offrons à tous les jeunes ouverture d'esprit et diversité, partout en France. Et puisqu'il y aura de plus en plus de métiers en tension, que les branches professionnelles, l'État, les communes, le 1 % logement s'organisent ! Ne vous contentez pas de passer des petites annonces ! Allez chercher les jeunes là où ils sont. Proposez-leur un emploi, mais aussi la prise en charge des frais de transport pour les rendez-vous d'embauche. Et donnez-leur les moyens de déménager et de se loger ! Sinon, comment faire se rencontrer les jeunes et les emplois ?

Car la bonne voie, c'est de donner aux jeunes les moyens de s'en sortir par le travail, en privilégiant le CDI. Mais avant de s'en sortir par le travail, encore faut-il en trouver un. De grâce, réformons les paramètres de l'assurance-chômage pour que le parcours du combattant de tant de jeunes, alternant des contrats temporaires et chômage, ne soit plus synonyme d'instabilité des revenus, voire de pauvreté. Aujourd'hui, il faut avoir travaillé 6 mois dans les 22 derniers mois pour bénéficier de l'assurance-chômage. Et cela pour une indemnisation de 7 mois seulement. Alors que les salariés qui ont eu un emploi stable sont indemnisés pendant 23, voire 36 mois. C'est injuste et discriminatoire. Plutôt que maintenir les jeunes à distance en leur donnant le RMI, accordons-leur l'indépendance par le travail. À l'État, aux partenaires sociaux d'en organiser le financement. Cotisations supplémentaires ? Solidarité entre classes d'âges ? À eux de voir. Mais il y a urgence.

TRIBUNE PARUE DANS LE FIGARO DU 1er AOUT 2008