17.05.2011

RSA : pourquoi tant de haine?

TRIBUNE PARUE DANS LE FIGARO

édition du samedi 14 mai 2011

 

Bon, on a compris. Un ministre en exercice, incarnation autoproclamée de la droite « sociale » et dont les propos ont été mal compris, a pris sur lui de stigmatiser les plus pauvres. Il faudra, dans quelques jours, qu’un libéral de l’UMP se dévoue et fasse l’autre partie du job : accuser les plus riches et proposer de les taxer fortement. On aura ainsi stigmatisé deux catégories de profiteurs, les plus pauvres et les plus riches, et montré aux « vraies gens », ceux qui travaillent et sont inquiets pour l’avenir, que le Gouvernement conduit une politique équilibrée en sanctionnant tous les profiteurs. Le PS, qui tombe dans absolument tous les pièges, a naturellement répondu en niant l’existence de phénomènes d’assistanat, sauf… chez les bénéficiaires du bouclier fiscal ! Il fallait y penser ! La présidentielle se jouant par l’élimination du moins crédible …CQFD.

 

On peut avoir la nausée face à de telles stratégies, on peut aussi se contenter de douter de leur intérêt. Les plus riches, somme toute assez peu nombreux, dénonceront l’imbécillité de l’UMP – à laquelle j’appartiens- mais se résoudront à voter pour elle. A l’inverse, un million de Français sans emploi qui vivent maigrement du RSA et tous ceux, beaucoup plus nombreux encore, qui craignent de se retrouver un jour au RSA ou d’y voir leurs enfants hésiteront beaucoup, si rien ne change, à voter pour certains représentants de l’UMP.

 

Mais revenons aux vraies questions.

 

Avant 2007, pour qu’il soit toujours plus avantageux de travailler, on avait augmenté la rémunération du travail, en revalorisant le SMIC et la Prime pour l’emploi. On avait aussi créé un système d’ « intéressement » à la reprise du travail: une sorte de prime était versée à titre provisoire  aux RMIstes qui reprennent un emploi.

 

Avec le RSA, on est allés plus loin. Désormais, même une toute petite activité de quelques heures par semaine est plus rémunératrice que l’inactivité. Surtout, l’« intéressement » est devenu permanent. Si le Gouvernement l’a ainsi décidé, c’est en prenant en considération une réalité : la sortie de l’exclusion se fait très souvent par de tout petits boulots, et pas sur un emploi à temps plein.

 

Le Conseil d’Orientation pour l’Emploi l’avait souligné dans l’avis qu’il a rendu au Gouvernement, six points méritaient la plus grande attention.

 

Un, il fallait absolument conserver la Prime pour l’emploi en plus du RSA. Sinon, on aurait pénalisé les salariés à temps plein qui gagnent le SMIC ou un peu plus. Cela a été fait. Il y a désormais une vraie continuité entre les allocations et les revenus du travail. Chaque heure de travail rapporte plus que l’inactivité.

 

Deux, il fallait veiller à ce que l’Etat n’encourage pas, avec le RSA qui les « subventionne », la création de tout petits boulots. On n’a pas vraiment progressé sur ce sujet, qui est du ressort du législateur et des partenaires sociaux.

 

Trois, il fallait réussir ce qui avait échoué avec le RMI : l’insertion. Le Gouvernement a décidé de réserver des emplois aidés aux bénéficiaires du RSA. C’est bien, mais il faudrait encore plus d’ampleur à cette politique.

 

Quatre : il fallait entreprendre une lutte sans merci contre le travail au noir. En effet, avec le RSA, la tentation peut exister de recourir à de petits boulots à moitié déclarés, à moitié au noir, le RSA venant boucler les fins de mois des salariés sans coûter trop cher aux patrons. Là encore, le Gouvernement gagnerait à plus communiquer sur la sévérité et l’effectivité des sanctions.

 

Cinq, il fallait que les collectivités locales cessent de réserver leurs aides sociales aux chômeurs et aux bénéficiaires du RSA et les accordent désormais en fonction de seuls critères de revenu, pour toucher toutes les personnes modestes, y compris celles qui travaillent. Il fallait aussi regarder la question des aides au logement : quoi de commun entre une personne sans emploi qui doit payer un loyer et celle, également sans emploi, qui est propriétaire ou hébergée à titre gratuit? On manque encore de recul pour savoir si les collectivités locales ont, ou non, modifié leurs politiques sociales. Mais tout laisse à craindre que non. Elles doivent changer cela. Et il faut remettre à plat les aides au logement.

 

Six, le RSA a été pensé pour les RMIstes qui reprennent un petit boulot et sont donc familiers des services sociaux. Mais, parmi les salariés à temps très partiel ou précaires, beaucoup ne sortent pas du RMI et ne sont pas habitués à demander des aides! Là aussi, on manque de recul, mais tout porte à croire que beaucoup de travailleurs pauvres ignorent encore qu’ils ont droit au RSA et que l’obtenir n’est pas si compliqué.

 

Les vrais sujets, les voilà. C’est tout, c’est déjà beaucoup.

 

 

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