03.02.2011

Jacques CHIRAC et la cause des personnes handicapées

Article pour la Revue des Amis de Jacques CHIRAC

 

 

Pour tout ce qui ressort de l’humanité, Jacques CHIRAC a, comme on dit en musique, l’ « oreille absolue ». Cette sensibilité, cette faculté d’être en résonance si immédiate avec chacune des notes humaines, les sons les plus clairs comme les notes les plus profondes ou fragiles n’est pas, comme il est dit parfois, la « face cachée » du Président. Elle n’est pas comme une couche meuble qui serait dissimulée sous le roc de l’homme politique. Tout au contraire, c’est dans cette harmonie naturelle avec l’humanité que résident, je crois, la force et l’ossature de sa vision et de son action d’homme d’Etat. Or, quoi de plus humain que le handicap ?

 

Cette réalité m’a sauté aux yeux un jour d’août 2002, alors que je travaillais à ses côtés depuis quelques mois seulement. Le téléphone sonne, je suis appelée dans son bureau. Je me demande de quel sujet important il va m’entretenir. Je me prépare à lui donner mon point de vue sur les dossiers en cours. Accessoirement, je me remémore aussi les notes que je lui ai récemment adressées, dans lesquelles aurait pu se glisser une erreur d’appréciation, voire …une grosse bêtise et qui pourraient justifier une telle convocation immédiate.  Ni l’un, ni l’autre. Pendant vingt bonnes minutes, sans note, il me raconte par le menu les difficultés de tous ordres d’une jeune myopathe récemment victime d’un accident de voiture, une forte personnalité qui avait eu l’audace de se mettre sur le chemin du Président pendant qu’il était en vacances et lui avait exposé ses souffrances. Ses souffrances, mais aussi toute sa détermination à s’en sortir, comme n’importe qui, comme tout le monde, malgré ou plutôt avec son handicap. Tout y était : la chronologie précise des faits, le nom des interlocuteurs à contacter, tous les problèmes à résoudre -et vite- mais aussi tout ce qu’il fallait entreprendre, auprès des constructeurs automobiles notamment, pour que les personnes handicapées puissent, enfin, comme tout le monde, utiliser facilement une voiture, en toute sécurité. Voilà. Vingt minutes d’entretien. J’étais …scotchée. C’était donc LE sujet important. Le message était aimable mais clair : j’aurais régulièrement à rendre compte de l’état d’avancement du dossier.

 

Cette anecdote n’en est pas une. Du contact si naturel, profond et intime avec des personnes handicapées à l’action de l’élu local, en Corrèze, pour bâtir et animer des lieux où les personnes handicapées puissent se sentir bien, du Premier ministre faisant entrer le handicap dans le champ de notre protection sociale au Président qui consacre la citoyenneté et les droits des personnes handicapées comme le devoir d’intégration de la société, Jacques CHIRAC aura fait progresser, non seulement la cause des personnes handicapées, mais aussi la République. Il aura permis à chacune et chacun d’entre nous d’avancer et de s’élever un peu en nous convaincant d’accepter la vulnérabilité et la différence comme des composantes à part entière et l’une des richesses de la condition  d’ « être humain », à  condition d’être - humain.

 

Marie-Claire CARRERE-GEE

Ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée

Conseiller de Paris, élue du 14è arrondissement

 

 

 

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