27.09.2010

Le chômage est reparti fortement à la hausse en août, Le Figaro du 25 septembre 2010

Par MARC LANDRE Le nombre de demandeurs d'emploi a progressé de 15 900 le mois dernier, annulant la baisse de juillet. EMPLOI Après deux mois consécutifs de baisse, le nombre de demandeurs d'emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A est reparti à la hausse en août (+ 15 900), annulant d'un trait le repli enregistré en juillet. Sur un an, la progression du nombre de chômeurs dans cette catégorie, dite de référence, est de 4,9 % pour atteindre 2,7 millions de personnes.Même constat pour la catégorie ABC - incluant les chômeurs travaillant en activité réduite - dont les effectifs ont enflé de 7 100 en un mois et avoisinent désormais 4 millions de personnes. « On s'y attendait un peu, relativise-t-on au secrétariat d'État à l'Emploi. Il y a toujours des à-coups en sortie de crise et on continuera à avoir des mois en dents de scie. » Mais pas question de s'inquiéter. « La tendance reste bien orientée : le nombre de demandeurs d'emploi en catégorie A régresse sur trois mois et le chômage des jeunes, depuis le début de l'année », précise-t-on à Bercy où l'on parie sur une inversion de tendance durable début 2011. « Une cause nationale » Les données du mois d'août restent cependant particulièrement inquiétantes pour deux catégories de demandeurs d'emploi. Le nombre de personnes de plus de 50 ans au chômage a progressé 1,3 % le mois dernier, pour atteindre 716 500 personnes. Soit près d'un chômeur sur cinq. En dix-neuf mois, ce nombre a bondi de près de 30 %, 10 points de plus que pour tous les chômeurs inscrits en ABC. « On assiste à deux phénomènes qui ne sont qu'en apparence contradictoires, justifie Marie-Claire Carrère-Gée, la présidente du Conseil d'orientation pour l'emploi. Depuis dix ans, les plus de 50 ans sont en train de retrouver leur place sur le marché du travail, mais ils sont aujourd'hui les principales victimes de la crise et viennent gonfler plus que tout autre les rangs des chômeurs. »Inquiétude également pour le 1,6 million de personnes sans emploi depuis plus d'un an, dont le nombre a progressé de 0,5 % en août et de 26,7 % sur douze mois. « Les chômeurs de longue durée doivent faire l'objet d'une véritable cause nationale, juge Marie-Claire Carrère-Gée. Il y a urgence à les aider à ne pas décrocher encore plus du monde du travail. » Pour cette ancienne secrétaire générale adjointe à l'Élysée, ils doivent « bénéficier d'un accompagnement très renforcé de Pôle emploi ». Et surtout, précise-t-elle, « les entreprises doivent faire l'effort d'en accueillir un en stage, en formation ou en emploi afin d'éviter un préjudice économique et social énorme pour la collectivité. »

En plus de la précarité, les inégalités Libération, 1er septembre 2010

par LUC PEILLON Les disparités d'insertion sur le marché de l'emploi en fonction du niveau d'études tendent à se creuser. Les jeunes, tous dans la galère ? Les moins de 25 ans connaissent bien un taux de chômage élevé, sont plus souvent précaires que leurs aînés et subissent, pour une partie d'entre eux, de vraies difficultés d'insertion. Mais dans le détail, ces affirmations sont à nuancer, et révèlent surtout des inégalités. Un quart des jeunes au chômage ? C'est l'un des chiffres les plus prisés des plateaux télé : 23% de jeunes au chômage ! Soit plus du double de l'ensemble de la population active (10%). En réalité, ce chiffre concerne les seuls jeunes qui recherchent un travail, et qui ont quitté le système scolaire. Ce que l'on appelle le marché des «actifs». Il exclut donc la grande majorité des 15-24 ans qui sont encore en formation. Mais si l'on prend l'ensemble de la classe d'âge, ce taux de chômage tombe à 8,4%. Un chiffre encore élevé par rapport aux 7,7% de chômage chez les 25-49 ans, mais qui ne représente plus, et de loin, le double de leurs aînés. Reste que les jeunes continuent de payer le prix fort en période de crise. Les actifs de moins de 25 ans ont ainsi vu leur taux de chômage bondir de 17,6% début 2008 à 23% début 2010, quand celui des 25-49 ans ne progressait «que» de deux points sur la même période (de 6,6% à 8,6%). «Les employeurs ont supprimé en priorité les CDD et l'intérim. Les jeunes étant les premiers titulaires de ce type de contrats, ils ont été les premières victimes de la crise», explique Marie-Claire Carrère-Gée, présidente du Conseil d'orientation pour l'emploi (COE). «Jeunes», Une notion très diverse Autre incongruité du débat : la notion même de «jeunes». Quel rapport, en effet, entre un non-qualifié et un diplômé d'HEC ? En dehors de leur âge, aucun... Selon le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq), trois ans après leur arrivée sur le marché du travail (en 2004), le taux de chômage des «sans diplôme» est de 32%, quand celui des sortis de grandes écoles est proche de 4%. D'une manière générale, le principe selon lequel plus on est diplômé, moins on est au chômage reste vrai. Et ce, quel que soit le diplôme. Trois ans après la fin de leurs études, les titulaires d'un master de lettres ou de sciences humaines, que d'aucuns estiment voués à une carrière à Pôle Emploi, ne sont pas plus au chômage (9%) que les diplômés en «sciences dures». Au niveau licence, ils sont même en meilleure position (7% de chômage) que leurs homologues en droit ou en économie (9%). Le diplôme conditionne aussi le niveau de précarité. Pour la moitié d'entre eux, les non-qualifiés sont titulaires d'un CDD, alors qu'ils ne sont que 20% pour les bacs +5. Même chose pour le temps partiel, qui concerne 19% des sans diplômes contre 7% des Master 2. L'unité des «jeunes», enfin, résiste mal à leurs origines. Ceux dont les deux parents sont nés au Maghreb ou en Afrique subsaharienne sont encore deux fois plus au chômage (30%) que l'ensemble des jeunes (14%). Un déclassement en cascade Le chômage des jeunes touche donc en premier lieu les 150 000 d'entre eux qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification. Et leur situation est d'autant plus bloquée qu'un autre phénomène vient s'ajouter à leur déficit de diplôme, celui du déclassement. Traduction : les diplômés sont souvent surqualifiés par rapport au poste occupé, et squattent des emplois que pourraient obtenir des non-qualifiés ou des moins diplômés. «Les entreprises se surprotègent et profitent de la situation du marché du travail pour embaucher des surqualifiés, dit Stéphane Jugnot, du Céreq. En agissant de la sorte, elles bloquent la "liste d'attente" en aval». Cette concurrence sur le marché contribue aussi à le précariser. Près de 80% des embauches se font désormais en CDD, et la pratique consistant à recruter via de «faux» stages a tendance à se généraliser. «Les stages en dehors de tout cursus, en principe interdits, connaissent une vraie inflation, dénonce Julien Bayou, de Génération précaire. Ils constituent une concurrence déloyale et précarisent l'ensemble du marché.» Et de dénoncer l'échec des différentes politiques qui, «depuis le plan Barre de 1979, ont fait des jeunes une catégorie à part et ont introduit l'idée chez les employeurs qu'ils doivent être subventionnés pour les embaucher». La tendance s'améliore, mais... Toujours à un haut niveau, le chômage des jeunes a néanmoins tendance à s'améliorer un peu. Selon les chiffres du mois de juillet, le chômage des moins de 25 ans a baissé de 2,8% sur un mois, et de 1,8% sur un an. Même si cette embellie passe aussi par des petits boulots et des contrats précaires. Le cœur du problème, c'est désormais celui du chômage de longue durée : «Plus de 100 000 jeunes de moins de 25 ans sont au chômage depuis plus d'un an, s'alarme Marie-Claire Carrère-Gée. Un chiffre qui a augmenté de 46% en un an». Et de réclamer «une action forte envers cette catégorie, dont la persistance est devenue très inquiétante.»