19.10.2009

Actualités media Interview de Marie-Claire CARRERE-GEE par Rémi BARROUX (le Monde)

La crise a vulnérabilisé la situation des jeunes pourtant déjà très exposés. Ne craignez-vous pas une nouvelle explosion ?

La crise a amplifié les difficultés traditionnelles des jeunes et aggravé la situation de discrimination qu’ils subissent. De longue date, ils n’ont pas la place qui leur revient sur le marché du travail. Premiers titulaires de contrats courts, intérim, CDD, ils ont vu leur chômage augmenter deux fois plus vite que la moyenne. Le pire serait qu’à cette situation difficile s’ajoutent des injustices. Le président de la République a eu raison d’étendre le RSA aux moins de 25 ans et les partenaires sociaux, eux, ont bien fait d’ouvrir plus le droit à l’indemnisation du chômage pour ceux qui ont peu travaillé. La question jeune doit être le fil rouge de l’action publique en ce moment. Avec un effort encore plus marqué pour certaines régions qui voient le chômage des jeunes augmenter massivement : Pays-de-la-Loire, Alsace, Rhône-Alpes…

Tous les jeunes semblent touchés, quel que soit leur niveau de qualification, non ?

En effet, le diplôme ne semble pas protéger des effets de la crise. Si l’on en croit l’étude de l’APEC, tous les jeunes sont touchés. Le COE a préconisé pas mal de mesures qui ont été appliquées, concernant les jeunes : mesures en faveur des stagiaires, renforcement des contrats aidés, aides supplémentaires aux employeurs pour les aider à recruter en alternance…

Mais ces mesures ne semblent pas toujours efficaces…

Il faut porter une grande attention au calibrage des mesures. Certaines d’entre elles, très bonnes dans leurs intentions, se révèlent peu efficaces en étant sous-calibrées. Par exemple, le dispositif pour l’embauche des stagiaires était trop restrictif et il a été peu utilisé. Il ne faut pas réduire la portée des mesures par une rédaction trop restrictive des décrets d’application. On assiste aussi à une multiplication des annonces. Il faut déployer plus d’énergie qu’actuellement pour s’assurer que les employeurs et les bénéficiaires de ces dispositifs soient bien informés. Les chefs d’entreprise ont les yeux rivés sur les carnets de commande, leur première préoccupation n’est pas de lire le Journal Officiel pour découvrir les avantages qui leur sont proposés pour l’emploi des jeunes !.

Doit-on demander plus de contreparties aux entreprises qui bénéficient d’avantages ?

L’Etat doit demander des contreparties significatives en matière d’emploi des jeunes chaque fois qu’il donne de l’activité à des entreprises ou qu’il leur accorde des aides : je pense par exemple au plan de relance ou à la baisse de la TVA sur la restauration. Il faut un peu tordre le bras aux entreprises concernées. Nous n’avons pas le droit de manquer des occasions dans la situation actuelle.

Propos recueillis par R. Bx.
Interviex publié dans DirectMatinplus, jeudi 8 octobre 2009

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