03.03.2009
Orientation scolaire et professionnelle : pour en finir avec un gâchis dont la jeunesse française est victime
(article paru dans le quotidien La Tribune, le 26 février 2009)
Pour beaucoup de jeunes, les difficultés d’insertion professionnelle trouvent leur origine dans une orientation ratée. Une orientation qui n’a pas suffisamment tenu compte de leurs aspirations, de leurs compétences et des débouchés professionnels concrets des études suivies.
C’est pour lutter contre cet immense gâchis humain, social et économique que le Conseil d’Orientation pour l’Emploi, qui rassemble les partenaires sociaux et, au-delà, tous les acteurs du marché du travail, a décidé de s’emparer de la question de l’orientation scolaire et professionnelle. Et de faire des propositions concrètes pour en finir avec une orientation trop souvent subie, « couperet », par l’échec. Une orientation qui aggrave les inégalités sociales et géographiques plutôt qu’elle ne les compense. Une orientation qui peut mener dans le mur par l’absence de débouchés.
Entre l’illusion d’une adéquation parfaite du système de formation avec la structure de l’emploi, et l’impasse actuelle où sont enfermés de trop nombreux jeunes, il est possible de bâtir un service qui ouvre des perspectives à tous les jeunes, et pas seulement à ceux qui réussissent à l’école ou qui vivent dans un environnement familial ou géographique favorable. Des perspectives d’études ou d’apprentissage ; des perspectives professionnelles, en veillant à ce que les parcours proposés mènent véritablement à un emploi ; des perspectives qui sachent enfin respecter les aspirations de chacun.
Pour cela, l’Etat doit se donner les moyens de rendre l’offre de formation plus transparente pour tous. Il nous paraît indispensable que chaque élève reçoive, avant de s’engager dans une filière, des informations précises et fiables sur le devenir des anciens élèves. Combien ont un emploi durable ? Combien galèrent en enchaînant des emplois précaires ? Combien sont au chômage ? Et cela pour pouvoir choisir en toute connaissance de cause. Par ailleurs, l’offre de formation doit être rendue plus lisible pour les étudiants et les entreprises qui recrutent : il faut traduire au maximum les diplômes en termes de compétences, et regrouper sous un même label des formations dont le contenu est très voisin.
L’offre de formation doit aussi être rendue plus réactive qu’aujourd’hui aux évolutions de l’emploi. Nous proposons la mise en place d’une procédure d’alerte pour toutes les formations dont les taux de réussite et les taux d’insertion professionnelle des diplômés ne sont pas satisfaisants. Et cela pour que l’Etat et les régions en tirent, le cas échéant, toutes les conséquences pour améliorer constamment l’offre de formation et faire en sorte qu’elle reste pertinente. Comme les choix en matière de formation initiale ont tendance à inscrire les jeunes de façon quasi irréversible dans une trajectoire donnée, nous voulons également aménager davantage de passerelles entre les filières de formation et permettre plus d’allers-retours entre formation et emploi.
Ensuite, il faut se donner les moyens de rendre les choix plus ouverts et les parcours plus sûrs. Des choix plus ouverts, en inscrivant à l’emploi du temps des élèves, de la Cinquième à la Terminale, l’équivalent d’une journée par trimestre de découverte des activités, des métiers et des formations. En instituant aussi une aide à la mobilité, en construisant plus d’internats et en développant l’offre de transports, pour en finir avec ces situations aussi absurdes qu’injustes où les jeunes issus de milieux modestes voient leurs choix contraints par une offre de formation locale qui ne correspond pas nécessairement à leurs aspirations, faute d’une solution de transport et d’un hébergement abordable. Pour sécuriser les choix d’orientation des jeunes, les lycéens qui le souhaitent doivent se voir proposer des tests d’aptitude anonymes pour évaluer leurs chances de succès dans une filière. Et chaque étudiant doit pouvoir bénéficier, en première année de licence, d’un module de construction du projet personnel et professionnel (découverte d’un secteur économique, d’un métier, méthodologie de rédaction de CV et de lettres de motivation, préparation aux entretiens d’embauche…). Enfin, pour chaque dernière année de cursus, il faudra rendre obligatoire un stage en entreprise, dans une administration ou une association, et développer des modules d’enseignement en alternance.
Dans ses propositions, le Conseil d’Orientation pour l’Emploi a également voulu réaffirmer qu’il est difficile de faire de l’orientation… sans conseillers d’orientation. Les conseillers d’orientation psychologues sont environ 3500, pour plus de 5 millions d’élèves dans le second degré, soit un ratio d’environ 1500 élèves par professionnel. C’est insuffisant, il faut relancer le recrutement. Et diversifier la palette des compétences, en l’élargissant à d’autres profils que celui de psychologue, avec par exemple des économistes, des pédagogues ou des professionnels ayant une expérience de l’entreprise. Et parce que, si vous pardonnez ce mauvais jeu de mot, c’est actuellement le système d’orientation lui-même qui est désorienté, nous proposons que des structures de coordination rassemblent, au niveau régional, les nombreux acteurs de l’orientation qui agissent aujourd’hui trop souvent dans un cadre dispersé. Nous souhaitons également favoriser l’émergence de lieux d’accueil du grand public clairement identifiés par un label national, regroupant ces différents acteurs de l’orientation et de l’insertion, sur le modèle des cités des métiers. Nous souhaitons enfin que soit mise en place une plateforme téléphonique d’information et d’orientation, publique et gratuite.
Aucune de ces propositions n’est à elle seule révolutionnaire et pourtant, si toutes sont mises en œuvre, ce sera une révolution : une révolution dans le service rendu aux jeunes et à leurs familles, une révolution dans la manière d’appréhender les liens entre système éducatif et monde du travail, une révolution, à terme, pour l’emploi des jeunes dans notre pays.
Marie-Claire CARRERE-GEE
Présidente du Conseil d’Orientation pour l’Emploi
Le Conseil d’Orientation pour l’Emploi est une instance indépendante de dialogue social et d’expertise qui rassemble tous les acteurs du marché du travail : toutes les confédérations syndicales représentatives, le patronat, les représentants de toutes les administrations et services publics chargés de l’emploi ainsi que des collectivités territoriales, des économistes, des DRH, et des experts.
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